
Avant de former Soysoy, Cécile
et Franck étaient déjà
musicalement complices puisqu'ils étaient respectivement
chanteuse-guitariste et batteur de White
Lie, un combo rock puissant aux atmosphères inquiétantes,
qui s'était acquis un public fidèle sur la scène
rock belge et qui splitta malheureusement fin 1999. Sur les cendres
encore chaudes de White Lie se profila un nouveau projet,
artistiquement plus ambitieux, Cécile et Franck ayant dans
l'idée d'exprimer d'autres facettes de leur ressenti musical
et de ne plus se cantonner à l'intérieur des frontières
du rock.
Les deux compères bénéficiaient déjà d'une solide expérience musicale, ayant participé à de nombreuses formations dans divers styles (voir leurs bios respectives).
Tous deux amoureux de l'univers des musiques traditionnelles à caractère incantatoire, des musiques païennes, de la musique baroque et d'artistes pop atypiques tels que Kate Bush, Stina Nordenstam ou Blonde Redhead, ils voulurent se donner le temps de laisser s'exprimer leurs voix et leurs instruments sous un ciel plus ouvert.
Franck passa de la batterie à la basse (instrument qu'il avait déjà manié avec bonheur au sein de plusieurs formations). Le mode libre et créatif sur lequel les deux musiciens se mirent à composer leurs premières ébauches, la grande place accordée à l'expression de leurs émotions dans la musique comme dans les textes, les amenèrent à des premiers résultats étonnants.
Une alchimie particulière se dégageait du dialogue entre la guitare de Cécile et la basse cinq cordes de Franck, qui égrenaient de concert des arpèges intimement intriqués, créant une mélodieuse et mystérieuse texture dont le caractère singulier, encore audible aujourd'hui dans certains titres récents tels que Home, ouvrait la voie au développement d'une couleur très personnelle qui restera la "marque de fabrique" de Soysoy pendant toute son histoire en duo.
Parallèlement s'opérait une autre alchimie, celle des voix combinées des deux musiciens. Le chant de Cécile, libéré des contraintes stylistiques du rock, trouva dans ces explorations un cocon où allait s'opérer sa métamorphose en un instrument sensible et délicat mais aussi puissant, tour à tour aérien ou incantatoire, qui allait être très remarqué et amènera Cécile à être dès lors souvent comparée à Lisa Gerrard ( Fichtre ! Que rêver de plus flatteur comme comparaison vocale...).
Franck de son côté profita de l'occasion pour enfin développer librement un type de chant qu'il affectionnait, dérivé des techniques vocales d'Europe de l'Est et des Balkans, et qui s'associait remarquablement à la nouvelle couleur de la voix de Cécile.
Indubitablement, il se passait quelque chose...
Ils décidèrent donc "d'officialiser" le projet, et ainsi naquit Soysoy. Le nom, composé à partir du mot "soy" (soja en anglais) a été adopté pour sa consonance exotique qui reflète l'esprit éclectique, "sans frontières" du projet, mais n'a pas de signification particulière.
Alors même que Soysoy, en pleine construction de son style, n'en était qu'aux ébauches, quelques prestations en petit comité (avec l'accompagnement d'une batterie électronique) sollicitées entre autres par leurs amis de la M.J. "Le Gué" furent accueillies avec beaucoup d'enthousiasme.
Malgré leur réticences à se produire plus sérieusement sur scène alors que Soysoy manquait de préparation, Franck et Cécile acceptèrent de chanter et jouer en première partie de Marka, puis à l'occasion des Fêtes de la musique avec entre autres Daniel Hélin, Mud Flow et Leiluna.
Si Franck et Cécile hésitaient encore quant à l'orientation que prendrait Soysoy et ne s'estimaient pas assez rodés, leur répertoire à peine suffisant n'a pas empêché les réactions très chaleureuses du public lors de ces prestations. Encouragés par cette réussite, ils se mirent à la recherche d'un batteur pour donner plus de consistance au projet.
L'histoire montrera que ce n'était pas forcément le meilleur choix...
Après une dizaine d'auditions de batteurs, et quelques essais consécutifs dont aucun ne s'est finalement révélé concluant, Soysoy ayant l'impression de perdre son temps perdit un peu patience : l'envie de composer, d'arranger, d'explorer, d'avancer prit le dessus et fit reporter à plus tard la recherche de la perle rare.
Cécile et Franck se concentrèrent alors sur l'enregistrement d'une maquette, remplaçant tant bien que mal l'absence d'un batteur par l'emploi d'une batterie électronique, comme pour les premiers concerts. "Après tout, il ne s'agit que d'une maquette"...
Finalement, Soysoy étant pris par l'enthousiasme des enregistrements et les nouvelles pistes qui s'en dégagaient, ce qui devait n'être qu'une maquette devint en cours de route, petit à petit, un véritable projet d'album... Cécile et Franck se donnèrent, sans trop se poser de questions, le temps nécessaire à la réalisation de ce qui ne devait être au final ni un album ni une maquette,
un peu court pour l'un et trop accompli pour l'autre : "Six teaspoons of eiran cari".Terminé en 2002, déclaré "mini-LP", "Six teaspoons.." connut un succès qui dépassa les espérances du groupe, dont l'ambition n'était à l'origine que de présenter à travers ce petit opus son univers musical encore en construction.
Après un peu de repos et la création d'un petit site Web, Franck et Cécile repartent donc au printemps 2002 à la recherche d'un batteur. Les auditions et essais consécutifs sont nombreux, et prennent un temps considérable... sans résultat réellement convaincant au bout du compte. Fausse route...
Ceci fera que pendant près d'un an, entre l'été 2002 et l'automne 2003, Soysoy sera de fait en standby et ne se produira sur scène qu'une seule fois, avec l'excellent Sylvain Godenne à la batterie, qui ne pourra malheureusement rester batteur de Soysoy pour des questions d'agenda incompatible avec les projets du groupe.
Fatigués de ces mésaventures "batteristiques", Cécile et Franck décidèrent de tirer un trait sur la formule "combo guitare-basse-batterie". D'autres possibilités existaient et Soysoy prit le pari d'une nouvelle orientation : retour aux batteries électroniques, mais cette fois-ci sérieusement, en les assumant comme instrument à part entière, et non comme une "béquille" en attendant l'arrivée d'un hypothétique batteur comme c'était auparavant le cas. Tans pis! Si Soysoy doit un jour avoir un batteur, ce sera parce qu'il sera venu spontanément frapper à notre porte, et qu'il se sent proche de notre univers!
Par ailleurs, Cécile et Franck voulaient étoffer les textures sonores de Soysoy, ce qui nécessitait l'addition d'un musicien supplémentaire...
Sébastien Lhoest, claviériste et compositeur, rejoint alors Soysoy en août 2003. Et cela fonctionne tout de suite.
Grâce à une palette sonore élargie, nos trois sorciers concoctent des potions dans lesquelles bouillent les émotions et la créativité. Cécile ajoute à son arc la corde du violon, les accents "musiques traditionnelles" se multiplient, les programmations électroniques donnent une fondation profonde à l'architecture sonore, les claviers ajoutent leurs voix au chœur... Soysoy a trouvé son équilibre.
En moins de deux mois, la nouvelle formation est prête à affronter le public pour un premier concert, et c'est le flash : un immense plaisir de jouer et un public qui a de petites étoiles devant les yeux…
Les concerts alors, enfin, se succèdent (mais ne se ressemblent pas).
En 2004, le trio se produit à de nombreuses reprises sur des scènes pop, rock et dark (voir agenda-archives). Mais aussi pour des manifestations privées, séduisant avec plaisir un public radicalement différent des habitués des salles de concert rock.
En parallèle, Les soirées "Nébuleuse", conçues et organisées par Soysoy, assortissent harmonieusement le style éclectique du groupe avec des invités proposant des musiques et des danses traditionnelles de l'Est ou du Nord de l'Europe.
Cécile, de son côté, est invitée à plusieurs reprises à chanter avec le Luc Pilartz ensemble, et forme au violon avec Elisabet Brouillard (accordéon diatonique) le duo Adieu les Guêpes. Elle continue également sa collaboration avec le quatuor acoustique artisanal Fifrelin.
Soysoy enregistre habituellement chacun de ses concerts, pour pouvoir ensuite faire le point et améliorer ses prestations et la qualité du mixage.
Suite au concert particulièrement réussi et remarqué au Botanique le 3 avril 2004 (lors de leFantastiqueNight VII avec Collection d'Arnell-Andréa), les petits enregistrements sortirent de leur petite boîte pour concocter un petit album live, "Six pinches of stage flavour".
Outre des titres enregistrés lors du concert au Botanique, furent aussi utilisés deux enregistrements de la prestation en février à La Nuit Détend (lieu aujourd'hui malheureusement fermé...). Un bonus-track ("Paradiso"), enregistré spécialement pour cet album, complète le programme.
Sollicité par le label allemand Dark Wings en avril 2004, le trio, tout enchanté de cette proposition inattendue, se rendit quelques jours à Berlin pour rencontrer l'équipe du label et discuter des modalités d'une collaboration.
Après des pourparlers apparemment encourageants, la lecture des contrats révéla malheureusement bien vite que sous l'appellation "label indépendant", Dark Wings pratiquait en fait une politique vis-à-vis des artistes tout-à-fait semblable à celle des majors : pas de liberté artistique contractuelle, des obligations en pagaille, des clauses sournoises, un engagement sur une durée trop longue pour l'artiste, pas de garanties pour la promotion, des délais de production trop courts, des conditions de production peu équitables...
Après une timide tentative de négociation de la part du trio, royalement méprisée par Dark Wings, Soysoy enterra l'affaire et reprit son bonhomme de chemin sans se laisser démonter.
Un album complet et produit professionnellement (mais toujours en autarcie..), LIQUID, a vu le jour en mai 2006, et a fait l'objet d'une édition limitée sur le label associatif LI MOHE MUSIC. La collaboration de Soysoy avec Li Mohe reste libre de toute obligation, et le groupe reste propriétaire des enregistrements. Des discussion avec d'autres labels sont en cours, dans le but d'assurer à LIQUID une distribution dans plusieurs pays d'Europe.
À ce jour, Soysoy reste un groupe artisanal, libre et sans attaches, en attendant peut-être de trouver un label avec lequel se lier. Des démarches en ce sens sont engagées, mais le trio ne considère pas ceci comme un "passage obligé", car ce qui le motive, c'est de créer en toute liberté une musique de qualité, pour son propre plaisir... et le vôtre.
La suite au prochain épisode...
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